La Blockchain en France

Un marché émergeant

Dans quelle mesure la France joue-t-elle un rôle dans le domaine de la blockchain ? C’est une question intéressante lorsqu’on parle du pays qui représente la troisième plus grande présence mondiale au CES 2017 à Las Vegas, juste derrière les États-Unis et la Chine, et la seconde en termes de startups.

Nous vous présentons un état des lieux de la blockchain en France, ses enjeux et évolutions …

Les autorités publiques Françaises

Aujourd’hui, le gouvernement français a montré un certain intérêt pour la technologie blockchain, sans avoir encore lancé d’importantes initiatives dans ce domaine. L’une des premières initiatives importantes a été prise en mars 2016 par le ministère de l’Économie, lorsqu’un décret a été adopté, fondé sur des lois du crowdfunding, pour permettre l’émission d’instruments basés sur la dette (mini-obligations) sur une chaîne de blocs. Si cette première étape est un succès, le ministère envisageait d’introduire ce type de cadre réglementaire, par exemple, pour les titres non cotés.

Sur le plan parlementaire, une journée entière dédiée à la technologie blockchain a été organisée en mars 2016 à l’Assemblée nationale, avec la participation des startups françaises (tels que Blockchain Partner, Stratumn et Paymium), de grandes entreprises (comme AXA et La Poste), les universités, les chercheurs et les autorités publiques. Il a été suivi par un autre forum parlementaire en octobre 2016.

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Explication de BlockChain, Axa

L’intérêt des institutions financières

Plusieurs banques ont déjà communiqué un certain intérêt autour de projets connexes, tels que BNP Paribas avec le démarrage des Smart Angels.

Plus récemment, le Trésor public a lancé une consultation publique pour recueillir des idées sur la façon de stimuler le développement de la blockchain en France. En mai 2017, France Stratégie, le cabinet du Premier ministre français pour l’analyse des stratégies nationales, a tenu plusieurs audiences sur ces questions, telles que les questions juridiques et sociales ou les règlements existants et à mettre en valeur.

De même, plusieurs institutions publiques ont commencé à prendre des initiatives autour de la technologie. Par exemple, la banque centrale française a travaillé sur une preuve interbancaire de concept avec l’aide de Blockchain Partner depuis l’année dernière. Il a également lancé un laboratoire pour startups en février dernier.

La Caisse des Dépôts et Consignations, a également lancé un groupe de travail appelé LabChain pour mener des expérimentations avec de grandes entreprises telles que BNP Paribas, AXA, etc., à côté d’un certain nombre de startups.

Plus récemment, Finance Innovation, une institution française dédiée à la promotion du secteur financier français, met en place un groupe de travail chargé de guider le gouvernement sur les initiatives qu’il devra mener dans le secteur blockchain.

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Des questions en attente

Cependant, sachant que les technologies Blockchain sont encore immatures et complexes, le statut juridique de la technologie blockchain est toujours ouvert au débat. Pour résoudre ce problème, des groupes de travail ont été lancés avec la participation des autorités publiques et des avocats spécialisés dans ce domaine.

Même si la France a pris certaines initiatives concernant la blockchain, ses actions sont encore un peu timides. Maintenant, il faut pour la France accélérer le processus afin de ne pas être en retard sur les autres pays du monde (Comme Londres ou encore la Suisse) en organisant des conférences et ateliers pour travailler et présenter les enjeux de cette technologie. Par exemple, les autorités françaises pourraient mettre en place de véritables expérimentations, comme cela s’est produit dans de nombreux autres pays.

Nous pourrions sans doute tirer l’inspiration de divers applicatifs dans d’autres pays comme :

. Le vote électronique sécurisé sur la blockchain (Australie)

. Traçabilité des dépenses sociales (Royaume-Uni) ou du cadastre (Suède et Géorgie)

. Traçabilité du systèmes de santé (États-Unis et Estonie)

Un écosystème dynamique et ambitieux

Certaines grandes entreprises françaises ont vu les menaces et les opportunités de la blockchain et, par conséquent, ont commencé à expérimenter la technologie pour éviter d’être laissées de côté.

Comme dans le reste du monde, les premières entreprises qui ont lancé des initiatives sont les grandes banques, telles que BNP Paribas, qui a lancé plusieurs épreuves de concept (PoC): par exemple, un service de paiement «immédiat» interentreprises.

D’autres banques ont rejoint le consortium de la chaîne bancaire R3, dont la Société Générale, RCI Bank & Services et Natixis.

Pendant ce temps, certaines des grandes institutions financières et les cabinets d’audit et de conseil «Big Four» ont créé des divisions internes pour mieux comprendre et utiliser les technologies blockchain. Les entreprises d’autres secteurs connaissent lentement la technologie BlockChain et commencent à exploiter ces nouveaux marchés et technologie, par exemple la SNCF (transport), Carrefour (détail) et Total (énergie).

L’écosystème français est de taille moyenne par rapport aux pays leaders, mais est dynamique et florissant, avec plusieurs startups misant sur une croissance exponentielle.

Outre Blockchain Partner, l’une des plus célèbres est Ledger, qui a amassé 7 millions d’euros en mars 2017 et est connu pour la qualité et la sécurité de ses portefeuilles de matériel.

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Stratumn, qui a également augmenté de 7 millions d’euros en mai 2017, est un autre exemple d’un démarrage bien connu. L’entreprise offre une plate-forme pour le développement d’applications de chaînes de blocs d’entreprise. D’autres exemples sont à citer aussi et contribuent largement à l’excitation autour de la blockchain.

Plus récemment, iEx.ec, un démarrage axé sur l’informatique distribuée pour ‘dapps’ (applications décentralisées), a augmenté de plus de 12 millions d’euros en moins de trois heures grâce une ICO. Et il y a beaucoup plus d’entreprises, moins connues mais aussi prometteuses, telles que Ledgys, Woleet, etc.

Cette foule de startups est conscient que pour être plus fort, ils doivent travailler ensemble. À cette fin, ils ont commencé à se rencontrer et à s’unir dans des associations.

Les nouvelles associations Blockchain

Les startups français collaborent dans des associations pour défendre leur intérêt et font entendre leur voix par les autorités publiques.

L’impression générale que laisse la France actuellement est que seuls les grands acteurs tels que les banques ou les principales institutions financières donnent leur avis aux régulateurs et aux institutions publiques. Dans ce contexte, les idées et les questions des startups doivent être écoutées et traitées, afin de s’assurer qu’un environnement juridique et public global solide sera développé pour les technologies blockchain à l’avenir.

La plus grande association est Chaintech (un clin d’oeil au label « Frenchtech » créé par le gouvernement) avec plus de 120 membres, représentant environ 20 startups.

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Chaintech vise à «promouvoir la visibilité et la synergie des acteurs de la blockchain francophone et leur donner une voix institutionnelle commune». Il organise et participe à des réunions, des conférences et des hackathons (tels que Le BlockFest 1.0, tenu en 2016 – un moment fondateur pour Chaintech).

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En outre, il y a Le Cercle du Coin (une association pionnière en France, historiquement plus axée sur bitcoin) et Asseth (axée sur l’éthéré). Moins formelle, la communauté CryptoFR, organisée autour d’un forum et un groupe Slack avec plus de 1500 personnes.

Ce paysage est stimulé par de nombreux individus passionnés et spécialisés, issus principalement des communautés du bitcoin et d’Ethereum.

Les écoles, vers une intégration de la Blockchain ?

L’ESILV, une école française d’ingénieurs, a été l’une des premières institutions académiques au monde à s’intéresser à la technologie blockchain en certifiant les diplômes étudiants sur bitcoin au début de 2016.

L’école a également intégré la blockchain dans son programme d’études. Dès septembre 2015, on leur proposait déjà un cours sur le bitcoin et les cryptomonnaies, afin de comprendre comment fonctionnent ces nouvelles technologies.

En outre, le département de l’ingénierie financière a lancé, en septembre 2016, un diplôme final qui comprend des cours sur la cryptographie, les systèmes de paiement, la chaîne de blocs et l’histoire des devises jusqu’au bitcoin. ECE, une autre école d’ingénierie à Paris, est également très active, grâce à ses nombreux anciens élèves travaillant dans des start-ups ou des projets blockchain.

Cependant, la sensibilisation vers les entreprises et le grand public augmente. En mars 2017, ESCP Europe, une école de commerce, a tenu la première conférence sur la recherche académique de blockchain française en partenariat avec Blockchain Partner et le Ministère de l’économie.

Bien qu’il y ait encore peu de grands acteurs ou des initiatives publiques à grande échelle, la communauté française est très active, grâce aux associations qui fédèrent l’écosystème, et les autorités publiques reconnaissent lentement le sujet.

Toutes les conditions sont remplies pour que la France devienne un acteur majeur de la blockchain, et l’avenir semble très prometteur.

Cependant, au vu de l’histoire du pays, attention à la régulation qui pourrait en découler pour ne pas ralentir l’absorption de cette technologie et le transfert de technologie vers d’autres pays …